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Grégory Germain : “ce travail me permet de devenir une extension du producteur, du réalisateur ou du musicien”

Nombreux sont les Français qui ont débarqué au Japon depuis plusieurs années afin de réaliser leur rêve. Celui de Grégory Germain a particulièrement attiré notre attention, dans la mesure où ce producteur, ingénieur du son expérimenté et passionné de musique, a travaillé sur un très grand nombre d’albums du Hip-Hop et du RnB japonais. Il a accordé une interview exclusive à RJHH dans laquelle il revient sur les débuts de son parcours à Tokyo, son travail de management au sein du studio de production DIGZ Inc. et son analyse par rapport à la musique urbaine japonaise.

 


 

Bonjour Grégory, peux-tu commencer par te présenter.

Bonjour, je m’appelle Grégory Germain, j’ai 35 ans et originaire d’île de France. Je suis ingénieur du son, mixeur résidant à Tokyo. Outre mes activités d’ingénieur son, je manage le studio de la boîte de production DIGZ INC. qui s’occupe également de mon management. Je suis sur le terrain, mais je suis également en charge du bon fonctionnement du studio. L’évaluation des nouvelles machines, la  coordination de l’équipe technique… Cela fait 10 ans que je suis dans ce métier. 

 

En quelle année es-tu arrivé au Japon ? Était-ce une décision personnelle de s’installer dans ce pays ?

Je suis arrivé en avril 2004. J’ai toujours été un grand amoureux du Japon, j’ai débuté mon aventure comme tout le monde je pense à travers les mangas et les animes. Étant très sensible à la musique bien que n’ayant pas une formation de musicien, j’adorais écouter les soundtracks d’animes. Je suis très vite devenu fan de Kanno Yoko et j’achetais même les BO d’animes que je n’avais jamais vues. Vu que l’univers de la Jpop et des génériques d’animes sont très liés, je suis vite tombé dans la Jpop. J’ai commencé avec le plus accessible : Hamasaki AyumiAmuro Namie et quelques groupes de Visual Kei. C’est avec Utaka Hikaru que j’ai eu un vrai déclic et je me suis passionné pour d’autres genres : Hip-HopRnB, Reggae, Jazz  etc...

Parallèlement, je faisais du hip-hop avec des artistes indépendants de l’est parisien, on faisait le tour des home studios où j’ai commencé à apprendre la production. J’ai transformé ma chambre en mini studio d’enregistrement et j’enregistrais quelques rappeurs de mon quartier. Ensuite, j’ai voulu aller plus loin et j’ai fait une formation courte dans une école australienne de son : la S.A.E.  C’est là que j’ai eu le déclic et que je me suis dit que je voulais faire ce métier. J’ai fusionné avec ma passion pour le Japon et la J-musique et j’ai décidé d’aller tenter ma chance à Tokyo. J’ai également participé à la création du magazine JAPAN VIVES et écrit des articles sur la musique japonaise, participé à des conventions ainsi que l’animation la première soirée parisienne en club en tant que DJ.

Gregory Germain – DIGZ INC.

 

“Mon but, c’est de décupler toute la sensibilité de l’œuvre brute d’un artiste en utilisant mes connaissances techniques”

Comment s’est passé ton arrivée ? Raconte-nous un peu comment ce sont déroulés les premiers mois à Tokyo ?

Cela fait 14 ans que je suis au Japon, les premiers mois, je ne m’en souviens plus donc je vais plutôt vous raconter les premières années. À mon arrivée, j’ai commencé par fréquenter une école de Japonais pour compléter mes connaissances. J’allais à l’école la journée et je passais mes soirées à étudier comme un acharné. Cela m’a beaucoup aidé dans la poursuite de mes études de son. En 2005, j’ai intégré la “Tokyo School of Music” où j’ai fait un cursus de trois ans. Au bout de la troisième année, j’étais déjà en stage en studio d’enregistrement. Mon premier stage était au studio Empoint à Daikanayama qui a été racheté par AVEX et n’existe hélas plus aujourd’hui. C’était un tout petit studio où il y avait surtout des prises de voix pour les Idols, entre autres AKB48. En tant que stagiaire, je ne faisais que des taches plutôt simples comme le ménage, le café et répondre au téléphone. Quand il n’y avait pas de clients dans la room et que l’ingénieur son voulait bien. On me laissait regarder le déroulement d’une session de mixage. Je suis resté six mois environ tout en jonglant avec des petits boulots dans des restaurants, modeling, guide touristique, prof de Français et j’en passe… 

Je voulais avoir une formation plus académique, être capable d’enregistrer des groupes, des orchestres de cordes ou cuivres donc j’ai arrêté mon stage pour aller dans un plus grand studio. Par le plus grand des hasards, j’ai trouvé une annonce sur Internet ou le Studio Greenbird embauchait un assistant ingénieur son. J’ai été davantage motivé parce que c’est un studio dont je bien connaissais le nom, car il apparaissait souvent dans les crédits des disques d’artistes que j’aimais. Il se trouve aussi que le manager du Studio EMPOINT où j’ai fait mes débuts était l’ancien manager du Studio Greenbird. Il a favorisé mon entretien. C’est cela qui m’a permis d’avoir le boulot. J’étais cependant en concurrence avec un autre Japonais de mon âge, mais il a abandonné au bout de trois semaines et je suis resté en tant que “Baito” (CDD en français) pendant un an. J’ai fait une demande pour devenir “Shain” (CDI) et à l’époque le manager m’as mis au défi avec l’enregistrement du groupe ROVO qui faisait un album. ROVO, c’est un groupe incroyable avec deux batteries, basse, violon électrique, guitare et clavier. Le producteur a adoré mon travail en tant qu’assistant et j’ai remporté le défi de mon manager. Ce qui m’a permis de rester au Studio Greenbird où j’ai travaillé pendant environ 5 ans. J’ai enchaîné les sessions en tant qu’assistant puis j’ai eu plusieurs mentors dont un en particulier qui m’a permis de progresser et d’avoir mes premiers clients. Par la suite, j’ai changé de management avec DIGZ INC.

 

Gregory Germain

 

Tu es ingénieur du son et producteur. Tu vois sans doute passer beaucoup d’artistes qui travaillent avec toi. C’est un travail très soutenu ? Ou bien, il y a des périodes avec une activité moindre ?

Effectivement, je travaille avec beaucoup d’artistes, pas uniquement des Japonais. D’ailleurs, j’ai aussi pas mal de coréens, mais aussi des Français de passage au Japon. C’est un travail très soutenu il y a des hauts et des bas avec des périodes très actives où on travaille 24/24 et d’autres périodes plus relâchées. Mais depuis deux ans environ, je n’ai presque plus de périodes de relâchement. Il y a quand même des pics dans l’industrie, la plus importante est en fin d’année, au printemps avant les festivals.

 

“La culture hip-hop est au Japon comme dans le reste du monde est complètement diluée dans la culture pop mainstream”

 

Si tu pouvais nous donner un chiffre approximatif. Tu as travaillé sur combien d’albums et avec combien d’artistes ? Peux-tu nous en citer quelques-uns.

Très difficile de répondre à cette question avec des chiffres précis. En 2017, je pense avoir enregistré environ une centaine de titres et mixé une autre centaine, donc environ 200 chansons cette année. Parfois, je ne fais qu’un titre ou deux sur un album, parfois l’album entier. Je fais aussi des musiques de pub, Web Commercial, des projets musicaux pour les entreprises, soundtracks pour les anime etc… C’est assez varié. En ce qui concerne les artistes avec lesquels j’ai travaillé depuis mes débuts voici une petite liste.

JUJU / Hitotoyo / MAY’S / D Lite (From Big Bang) / Itano Tomomi / Miyano Mamoru / EXILE SHOKICHI / Sakamoto Maaya / CHIHIRO / WEAVER / Tiara / Yamashita Tomohisa / PKCZ / Mimori Suzuko / IU / Mrs Green Apple / Bananalemon / DOBERMAN INFINITY / Flowback / Sebu Hiroko / RIRI / FAKY / A Pink / Passepied / Mukohara Aimi / Acharu / VIKN / TILL / Coma ChiMUFF / AYACA  Et bien d’autres que j’oublie. 

 

 

Comment mets-tu ta passion et ta connaissance encyclopédique de la musique au service de ton métier ?

Pour moi, ce travail me permet de devenir une extension du producteur, du réalisateur ou du musicien. Je ne suis pas un musicien, mais pour moi la console de mixage, le séquenceur, toute cette machinerie qui s’entasse dans le studio, c’est un instrument de musique à part entière. Mon but, c’est de décupler toute la sensibilité de l’œuvre brute d’un artiste en utilisant mes connaissances techniques sans pour autant noyer mon client dans des termes techniques compliqués. Le vrai défi, c’est de rester simple et musical, parler le même langage que son interlocuteur. Je passe donc beaucoup de temps à expérimenter et à m’entraîner littéralement comme un musicien ou un sportif avant d’utiliser des techniques particulières quand je suis en session. J’ai une sorte de boite à outils ans ma tête où j’ai plusieurs techniques, des patterns pour apporter des solutions a des problèmes ou donner vie à une image ou une texture sonore particulière.

 

Quel est ton avis sur la musique et culture hip-hop (englobant le rap, rap, soul, la danse, les Djs etc.) ? Penses-tu que cette culture est acceptée au Japon ?

La culture hip-hop est au Japon comme dans le reste du monde est complètement diluée dans la culture pop mainstream. Tous les groupes de pop, girls bands, boys band ou idols reprennent des éléments de la musique et culture hip-hop, que ce soit la musique, la danse, le Deejaying Les gens qui sont restés dans cette culture, les vrais B Boys, B girls, rappeurs purs et durs se font plus rare et appartiennent toujours à la culture underground. Cependant, je ne pense pas qu’ils soient mal vus ou mal acceptés. Tant de choses ont évolué depuis les années 90. Je dirais même qu’il y a un petit renouveau depuis que les années 90 sont revenus à la mode.

 

Penses-tu que ton travail est plus simple en parlant directement japonais avec les artistes ?

C’est évident, il vaut mieux pouvoir parler la langue pour établir une interaction humaine avec le client. Cependant, la musique étant un langage à part entière, il n’est pas nécessaire de parler pour se faire comprendre ou interpréter les demandes de son client. Cela arrive souvent qu’un simple regard, un geste ou même la télépathie me permettent de communiquer avec un artiste ou un producteur. Cette communication non-verbale se raffine au fil des années et des mois si je continue à travailler avec cette personne. Le fait de parler japonais est un plus ; c’est dans les moments où on ne fait pas de musique justement et qu’il y a un échange humain qui s’installe. 

 

Est-ce difficile de bosser avec les Japonais dans le milieu de la musique ? Quels sont leurs particularités ?

Je pense que les Japonais sont des gens qui sont professionnellement très structurés, sérieux et c’est agréable de travailler avec eux. Il y a des moments où ce n’est pas facile, car il y a des différences culturelles importantes et ils attachent beaucoup d’importance à des détails qui n’auraient aucune importance pour un occidental. À vrai dire je n’ai que très peu d’expérience professionnelle avec des artistes qui proviennent d’autres pays. Ayant débuté ma carrière au Japon, pour moi, c’est le standard. Je dirais que comparer aux productions étrangères ils utilisent mieux leur temps, les emplois du temps et les budgets sont sans doute plus serrés.

 

As-tu l’intention de lancer votre propre société d’enregistrements à Tokyo ?

C’est dans mes projets.

 

Veux-tu ajouter autre chose pour terminer cette interview ? Quelques messages à passer ?

Si vous vous rendez au Japon et que vous cherchez un studio pour enregistrer mixer ou organiser une collaboration avec des artistes ou musiciens japonais n’hésitez pas à me contacter. Vous pouvez me trouver sur Twitter ou sur Instagram. Je fais aussi du mixage en ligne via le site SoundBetter.com

 

Propos recueillis par Roger Atangana


 

 

 

 

RJHH Founder, Traveler, Blogger, BlackBoy

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