Les grandes nations de la culture hip-hop ont chacune leur histoire. Le Japon est un pays qui ne fait pas exception. Durant les années 90, plusieurs artistes ont grandement consolidés le rap japonais naissant, en puisant leurs inspirations dans le rap en provenance des Etats-Unis. Des artistes comme Scha Dara Parr, King Giddra, Buddha Brand, Rhymester et les autres rappeurs, ont perfectionné le son hip-hop d’origine japonaise. Ces années représentent avant tout, la créativité et la puissance technique de ces artistes qui ont marqué cette scène underground.

De plus, un bon nombre de morceaux incontournables ont éclaboussé les hit-parades de l’archipel japonais et résonne encore aujourd’hui. C’est donc une bonne excuse pour fouiller dans mes classiques, afin de vous dresser une liste complète qui représente davantage cette période. Après observation des résultats, une sélection de 12 disques me saute aux yeux. Voici cette liste.


SCHA DARA PARR
Towering Nonsense 1991

Couverture de l'album Towering Nonsense - 1991

Les deux MCs (Ani et Bose) et le DJ Shinco forment le groupe SCHA DARA PARR. Ils sont apparus vers la fin des années 80, là où le rap japonais commençait à peine à se frayer un chemin dans les scènes de musique underground. Ce style était encore extrêmement méconnu du public. C’est avec l’album “Towering Nonsense” sortie en 1991, qu’une scène réelle de hip-hop est née et que Scha Dara Parr a été propulsé sur le marché japonais.

Le morceau “Game Boy” sera entendu dans plusieurs publicités japonaises et utilisé pour une version du jeu vidéo Zelda. Bien que leur approche musicale ressemble à celle de Run DMC, leur contenu est bien plus en phase avec des performances similaires aux styles des Beastie Boys. Une production loufoque assez déjantée et un divertissement insouciant.

Scha Dara Parr se fera davantage connaître et remarqué auprès du public japonais, avec le titre “Konya Wa Boggi Back et “Summer Jam 95” compris dans leur “5e album “5th Wheel 2 the Coach” divulgué en 1995.

 


EAST END × YURI
denim-ed souL EP – 1994

Couverture de l'album denim-ed souL EP - 1994

En 1994, le rap japonais était loin d’être populaire comme aujourd’hui. Malgré tout, un groupe d’artistes portant le nom de EAST END × YURI (prononcé EAST END “plus” Yuri), a réussi à toucher le grand public avec le single “DA-YO-NE. En fait, Yuri Ichii, la seule femme du groupe avait été invitée par les autres membres EAST END : GakuYoggy et Rock-Tee, amis depuis le lycée. L’année suivante, DA-YO-NE compris dans l’EP “denim-ed soul, bat le record du million de ventes en devenant au passage le premier album de l’histoire du rap japonais à atteindre ce niveau.

Au départ, un certain scepticisme régnait au sein de cette formation, à savoir s’il fallait intégrer YURI. En effet, elle provenait de Tokyo Performance Doll ; un groupe de j-pop composé exclusivement de femmes “idoles” japonaises. GakuYoggy et Rock-Tee se demandaient alors si elle était capable de rapper. L’énorme succès de DA-YO-NE fut la réponse. Yuri a prouvé qu’elle était très bénéfique au groupe en devenant incontournable. 

 


DJ KRUSH
Strictly Turntablized – 1994

Couverture de l'album Strictly Turntablized - 1994

Avant de parler de l’album “Strictly Turntablized, DJ Krush faisait partie du collectif Krush Posse qui a posé les fondations du rap japonais en compagnie de Muro et de DJ Go. “K.P” est leur premier enregistrement apparu lors de la sortie du film en 1990, Yellow Rapculture In Your House. Ils ont incorporé le style de rap innovant du hip-hop américain et l’ont combiné à un titre funky. Le résultat a provoqué une commotion et un véritable tremblement auprès du public. Deux autres sorties avec Monday Michiru vont avoir le même effet “Chain Gang” et  “Wagamama“, mais le groupe se sépare avant la sortie de l’album complet.

EN 1994, DJ Krush réalise deux sorties qui sont en quelque sorte la base du hip-hop instrumentale moderne. “Strictly Turntablized” est la bande la plus rythmée des deux, et un album entièrement instrumental. Pas de rappeurs, ni de chanteurs, en fait rien que Krush et ses tables de platines. C’est aussi un recouvrement d’instrumental boom bap qui parcoure toutes les pistes. “Strictly Turntablized” sera distribué un an plus tard à l’international et scelle une étape importante dans le hip-hop japonais instrumental.

 


RHYMESTER
Egotopia -1995

Couverture de l'album Egotopia - 1995

Rhymester faisait partie de cette génération d’artiste qui recherchait à l’époque quelque chose de plus rebelle. Certains se sont retrouvés dans la scène punk Rock, tandis que les autres étaient plus à l’aise avec le hip-hop nouvellement né.

Formé au départ en 1989, par Mummy-D et UtamaruRhymester lance leur premier album en 1993 qui se vend horriblement mal. Le groupe n’est pas découragé pour autant et s’agrandit un an plus tard avec DJ Jin. 1995 sera la publication de “EGOTOPIA, cité comme le meilleur album de Rhymester.

EGOTOPIA est influencé par divers groupes de rap américain, en particulier le style de A Tribbe Called QuestMobb DeepJeru the Damaja ou encore The Roots. Rhymester a mélangé ses styles-là avec l’énergie folle de la jeunesse tokyoïte. Cette combinaison a donné naissance à un son particulier du rap japonais. En 1995, cet album était révolutionnaire en terme d’échantillonnage et de beats dynamiques. Même si la plupart des personnes n’arrivent pas à comprendre les paroles, c’est uniquement leur technique de rimes ajoutées à un style décontracté qui rend ce classique si particulier.

Quelles que soient toutes comparaisons données, ce disque fut une véritable avancée et est recommandé à tous ceux qui s’interrogent sur le potentiel du rap japonais.

 


MICROPHONE PAGER
Don’t Turn Off Your Light – 1995

Couverture de l'album Don't Turn Off Your Light - 1995

Difficile de faire une liste sur les classiques du rap japonais, sans penser un seul instant au duo mythique appelé MICROPHONE PAGER. Ce crew a démarré en 1992 avec Muro, PHFron Masao, DJ Go et Twigy. Ensemble, ils ont ancré les bases du hip-hop hardcore japonais. Plus tard, la formation s’est réduite à deux personnes : Muro et Twigy. En 1995, ils vont sortir l’album “Don’t Turn Off Your Life reconnu comme un véritable chef d’œuvre du rap japonais.

Certaines pistes de cet album sont légendaires. On peut citer, “Rapperz Are Danger“, “Yamu Machi” (病む街) dont le sample a été travaillé par le beatmaker Maki The Magic. Son inspiration est venue de Shamek Farrah “First Impressions“, en reprenant la mélodie principale. “Don’t Turn Off Your Life” réalisé par le producteur américain Stretch Armstrong reste unique et reste toujours célèbre malgré son âge.


KING GIDDRA
Sora kara no chikara – 1995

Couverture de l'album Sora kara no chikara - 1995

Pas de surprise, King Giddra est forcément présent dans cette liste. Composé de K DUB SHINEZeebra et DJ Oasis, King Giddra est l’une des rares formations dont les membres sont considérés comme des pionniers du hip-hop japonais.

Ils ont commencé leur carrière en 1993. Zeebra et K Dub Shine, qui avaient tous deux vécus aux États-Unis pensaient que le hip-hop était nécessaire au Japon. Ils étaient convaincus de la nécessité d’y importer cette culture. Soucieux que ce genre s’attaque aux différents sujets afin de résoudre les problèmes sociaux de l’époque, tels que : l’incapacité des diplômés de l’université à trouver un emploi, la surcharge médiatique de la publicité, le sexe et la violence. Pour eux, il était important de montrer au public qu’il fallait reconnaître les difficultés de la société japonaise, mais également de les dénoncer.

 Leur premier album de King Giddra “Sora Kara No Chikara” a donc vu le jour à cause de ces raisons. Cette oeuvre est cité par certains médias spécialisé comme étant un album influant sur le développement du style de rap en japonais. Mais on retient surtout l’approche politique avec des paroles socialement conscientes qui se rapprochent davantage du groupe de rap américain Public Enemy. Dans ce disque, les échantillons de musique et les samples sont dans un pur style américain et les sujets de société sont rappés en japonais.

 


LAMP EYE
Shougen (証言 )  – 1995

Coverture de l'album Shougen (証言 ) 

Avant de poursuivre notre liste des albums classiques du rap japonais, faisons une petite pause en parlant de “Shougen“, le single météorique de Lamp Eye.  Ce son incarnait et représentait les artistes à l’avant-garde du le rap japonais des années 90.

La plupart des rappeurs de premier plan étaient présents sans oublier les membres de Lamp Eye (Rino Latina II, Gama et DJ Yas). Cette chanson contient une véritable armada d’artistes : You The Rock, Twigy et G.K. Maryan de Kaminari Kozuku ainsi que Zeebra de King Giddra et Dev Large de Buddha Brand.

Le palpitant relais de micro, si bien capté par les 7 rappeurs, le flow unique de chaque MC, la production simple et percutante à la fois de Dj Yas sont des raisons pour lesquelles ce titre unique est si populaire.


SOULSCREAM
The Deep – 1996

Couverture de l'album The Deep - 1996

Formé en 1994, Soul Scream (Hab I ScreamDj CeloryALGShikiE.G.G Man) a fait ses débuts avec l’album “The Deep” en juillet 1996. Ces membres aidaient à inaugurer un nouveau visage à la musique urbaine japonaise ; calme, posé et empreint de nature, qui continue de faire écho sur la scène underground depuis de longues années.

En résumé, “The Deep” de Soul Scream est l’un des disques les plus calmes et décontracté que le rap japonais ait à offrir. Soul Scream finit par être en définitive, une autre représentation du hip-hop japonais du milieu des années 90. Il n’est donc pas étonnant que cet album soit considéré aussi comme un véritable monument. 

Positivite Gravity” qui va sortir 3 ans plus tard, va assoir la notoriété de Soul Cream à cause de “Hachi to chō” (蜂と蝶). Un titre explosif écouté bien au-delà des frontières japonaises.


BUBBHA BRAND
Ningen Hatsudenjo – 1996

Couverture de l'album de Ningen Hatsudenjo - 1996

Nigen Hatsudensho” est un titre intemporel, il est presque toujours cité lorsqu’on évoque les classiques nippons. Le groupe Buddha Brand était composé de trois MCs ; Dev Large décédé en mai 2015, Nipps, CQ  et d’un beatmaker DJ Masterkey. A New York en 1988, c’est la première rencontre entre DJ Masterkey et Dev Large et ils démarrent réellement leurs activités deux ans plus tard.

Après leur retour au Japon en 1995, ils sortent l’EP “Nigen Hatsudensho” contenant des textes rap bilingues anglais/japonais qui regorgent des punchlines créatives, hardcores et à la fois ludique. Leurs influences sont multiples et variées mais restent axer sur le rap new-yorkais.

 


BY PHAR THE DOPEST
Lastrum – 1998

Couverture de l'album Lastrum - 1998

L’histoire de by phar the dopest commence par la longue amitié de Kreva et de Cuezero, qui se connaissent depuis l’école primaire à Edokagawa-ku. Ces deux jeunes rappeurs au flow brutale avec des textes particulièrement brillants, sont une référence de plus à la culture hip-hop japonaise et sont passés depuis à la postérité.

Ensemble, ils vont d’abord sortir en 1997, un premier single appelé “Trump Card” qui annonçait la couleur. Ensuite, apparaissait un an plus tard “Lastrum“. Un album qui va défrayer toutes les chroniques. Dans ce disque, Kreva et Cuezero montrent à quel point ils aiment les beats boom bap qui s’accordent bien avec leur style de rap.

 


ZEEBRA
The Rhyme Animal – 1998

Couverture de l'album The Rhyme Animal - 1998

Plus haut, je vous ai parlé du groupe King Giddra et de ses membres, sans évoquer les débuts en solos du rappeur Zeebra. Il s’est beaucoup exprimé dans des textes rap, sur ses préoccupations par rapport à la jeunesse japonaise et d’autres problèmes sociaux économiques.

Ce grand nom du rap japonais, semblait bien marcher sur des samples de hip-hop américain. Ses sources d’inspiration sont évidentes dès que vous prenez et écoutez son 1er album solo, The Rhyme Animal. Le titre lui-même est un clin d’œil à Chuck D de Public Enemy.

The Rhyme Animal est un disque incontournable dans la carrière de Zeebra. Ce qui rend cet album si particulier, est l’excellente production (effectué par Zeebra en personne) qui transcende la barrière linguistique. Les sons tels que ; “Mirai e No Kagi  (未来への鍵), “I’m still N1“, “Tokyo No Chuo” (東京の中央), “Party Checka” ou le son hardcore de “Original Rhyme Animal“, possèdent une production qui frappe à chaque fois. Le seul inconvénient est l’audience minuscule du hip-hop japonais au moment de la sortie en 1998.

 


m-flo
Planet Shining – 2000

Couverture de l'album Planet Shining - 2000

m-flo (Mc Verbal, Dj Taku Takahasi et Lisa) a été découvert en juillet 1999, après la publication d’un premier opus ; The Tripod EP. C’était un double single qui comportait une réédition de “Been So Long” aux côtés du nouveau titre “Flo Jack“.

Ensuite, m-flo sort six autres singles qui auront un résultat mitigé. En 2000, Planet Shining dévoilé. L’album atteint la sixième place des charts japonais et sera un véritable carton dans toute l’Asie. Planet Shining est le résultat final d’un album terriblement entraînant. Certains des crochets restent facilement dans la tête, comme le refrain de la track “Been so long”. Planet Shining parvient à mélanger ses influences de genre dans des ensembles cohérents.

Bien que ce ne soit pas un album qui satisfasse les puristes du hip-hop, la plupart des morceaux braquent vraiment les projecteurs sur la combinaison vocale entre Lisa, Verbal et Taku. Le résultat sonique est toujours si créatif et contagieux qu’il est difficile de résister.

 


NITRO MICROPHONE UNDERGROUND
Nitro Microphone Underground – 2000

Nitro Microphone Underground - 2000

Nitro Microphone Underground est sans doute la réponse japonaise au Wu Tang Clan américain. C’est est probablement l’une des équipes de rappeurs japonais qui a le plus utilisé leur concept. Très populaires au Japon, chacun des huit membres ; Gore-TexDeliBigzamXBSSuikenDaboMacka-Chin et S-Word ont chacun un rythme et un style de rime différent.

En 1999, sortait le premier EP Nitro Works qui sera très bien accueilli par la critique et le public. Un an plus tard, cet EP sera suivi par un album intitulé Nitro Microphone Underground. Le succès sera toujours au rendez-vous, puisqu‘il va être vendu à des milliers d’exemplaires. Ces disques se présentent sous un style agressif et hardcore, avec un rap innovant. Chaque membre de cette équipe sortira des albums solos, ce qui a davantage accentué leur popularité dans le rap japonais traditionnel.


 

 

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