On ne présente plus DJ PMX, tant le nombre de productions publiées ces dernières années est impressionnant. Pour certains il reste le précurseur du mouvement G-Funk au Japon et pour d’autres un super producteur aux sonorités mainstream.

Depuis quelques années maintenant, le dj, producteur originaire de Miyazaki fait de plus en plus parler de lui en surfant sur la vague du hip-hop actuel qui traverse le monde. Voulant en savoir un peu plus sur ce changement de direction ; l’équipe de RJHH est allé à sa rencontre afin de connaître ses ambitions ainsi que ses futurs projets.


RJHH : Bonjour DJ PMX. Merci de nous accorder cette interview. Je pense que la majorité de nos lecteurs te connaissent déjà mais pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

DJ PMX : Bonjour tout le monde. Je suis DJ PMX, producteur de hip-hop Japonais. J’ai fait mes premiers pas dans le hip-hop à la fin des années 80. J’ai observé la scène musicale aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur pendant un moment.

RJHH : Commençons par ton plus récent projet en commun avec Diablo intitulé. “AIM HIGH”qui est désormais disponible en cd et en digital. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet ?

DJ PMX : J’ai rencontré Diablo en 2013 à Yamagata à l’événement “MINORITY“. Quelques années plus tard, on s’est de nouveau rencontré pour travailler sur une compilation. Depuis on est resté en contact. Quand j’ai sorti le Single “Something New” l’été dernier, les réactions ont été bonnes ce qui nous a poussé à bosser sur le EP “AIM HIGH“. Cet été on a également sorti “Something New Remix” featuring DJ☆GO & GipperActuellement, on travaille sur un nouvel EP. L’atmosphère est très bonne.

RJHH : Diablo est un jeune artiste et il semblerait que ton travail se concentre sur cette nouvelle génération de rappeur. Penses-tu que ces nouveaux venus sont le futur du hip-hop japonais ?

DJ PMX : En voyant l’engouement autour de cette nouvelle génération de rappeur aux USA, cela m’a poussé à observer davantage les jeunes rappeurs de chez nous. Je suis allé à beaucoup de concerts de jeunes artistes du côté de Tokyo, où j’ai pu remarquer que certains de ces rappeurs amenaient quelque chose de nouveau, que ce soit en énergie ou en qualité. Je crois que c’est le bon moment pour trouver de nouvelles têtes.

Je souhaite une belle réussite à Diablo qui est très actif, malgré son environnement géographique handicapant. Il est basé à Sakata (préfecture de Yamagata) et également à Daia, qui a déménagé d’Okinawa à Tokyo et qui a déjà réussi à remplir la salle prestigieuse du “CLUB ASIA”.

RJHH : Tu as fait tes premiers beats dans les années 80 et aujourd’hui 30 ans plus tard tu es toujours présent. Quel est le secret pour rester actif aussi longtemps ?

DJ PMX : Le hip-hop est en perpétuel évolution. Si tu observes le processus d’évolution de la musique, pas seulement sur quelques années, mais sur une longue période, tu constateras ça par toi-même. J’observe l’évolution du hip-hop en me basant sur des années complètes, pas seulement sur quelques mois, ce qui me permet de saisir et comprendre comment je dois travailler mes prochains projets.

Le mouvement de la scène westcoast au Japon est juste un exemple parmi tant d’autres.
Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de l’évolution, mais au contraire, s’adapter sinon cela risque de devenir compliqué si tu veux continuer.

RJHH : Qu’est-ce qui t’a poussé à faire du beatmaking ? Et quel métier tu aurais choisi si tu n’étais pas dans la musique ?

DJ PMX : Je ne suis pas juste un Beatmaker mais DJ et producteur. Je dirige le flow de l’artiste, le contenu également, je prends part aux clips vidéos tout en utilisant les réseaux sociaux. Je crois que si je n’étais pas dans la musique, je me serais ennuyé depuis longtemps.

RJHH : Même si le GFunk ne fait plus parti de tes récentes productions on ressent quand même l’influence sur des tracks comme “Everyday’s Flyday” de Kowichi ou “Freeway” de Daia. Est-ce que tu penses que le GFunk est définitivement mort ?

DJ PMX : Pour ma part, l’époque de la GFunk est révolue, tu peux clairement voir que la nouvelle génération n’est pas intéressée car lors des soirées ou événements, ils sont très peu nombreux à se déplacer.

J’étais vraiment intéressé par ce genre à l’époque où il dominait la scène hip-hop, mais de nos jours ce style est et restera un classique des années 90, même s’il y a de très bons morceaux. Je resterais toujours inspiré par la scène westcoast, mais davantage par le genre qui prédomine aujourd’hui.

RJHH : Comment vois-tu l’évolution de la musique hip-hop ? Par exemple est-ce que faire un beat aujourd’hui est différent de 20 ans en arrière ?

DJ PMX : Il y a 20 ans, début 2000, il y a eu une augmentation des compositions originales comparé aux samplings du côté de New York. La trap actuelle est plus comme une évolution du son de DefJam et Tommy Boy des années 80, aux niveaux des drums et synthé. A l’origine ces éléments étaient utilisés dans des genres comme la techno ou la pop mais en étant plus concentré.

A l’époque les beatmakers utilisaient le TR808 pour faire des beats. Ce même TR808 que l’on retrouve en virtuel désormais. Je crois qu’avec la manipulation de filtres et la manière d’utiliser le numérique amène son utilisation plus pratique. Pour ma part, j’utilise toujours l’atmosphère du hip-hop et du Rnb des années 90, tout en adaptant au mouvement musical actuel.

RJHH : Tu as sorti plusieurs singles sous le label DBL Music. Peux-tu nous en parler ?

DJ PMX : J’ai toujours voulu créer mon propre studio et mon propre label personnel. Depuis quelques années maintenant, je produis certains artistes sous mon label. Les prochains albums sortiront également sous DBL Music en partenariat avec un major. Dans mon cas mon nom étant reconnu peu importe le label, rien ne m’empêchera de sortir des projets.

RJHH : Depuis 2 ou 3 ans tu es plus actif que jamais. Tu fais des beats, tu sors des singles, des EP et tu t’es mis également à la réalisation de clips vidéos. Tu cherches à élargir tes compétences ?

DJ PMX : La vidéo est un outil essentiel pour le développement et la promotion d’un artiste. C’est un côté qui m’intéresse davantage et qui va devenir encore plus présent avec l’arrivé de la 5G en 2020. De la composition à la programmation, en passant par l’enregistrement ainsi que le mix, j’aime vraiment maîtriser tous les outils qui touchent au développement musical. Je crois qu’il ne me reste plus que le rap comme nouveau défi. (rires)

RJHH : Comment expliques-tu que malgré de tels talents au Japon, les collaborations avec les artistes internationaux restent très limitées ?

DJ PMX : Je pense vraiment que la langue est la barrière principale et empêche les artistes japonais de s’exporter. C’est un problème vraiment énorme qui risque de perdurer encore. Même si parfois les liens entre artistes de différents pays sont très forts.

Il semble que les auditeurs ne soient pas complètement intéressés par les artistes étrangers, surtout de chez nous. C’est la même chose ici en Asie. Cela risque de prendre encore du temps avant que nos artistes s’exportent davantage. D’ ici là, on n’a pas le choix que de se dépasser et de faire mieux que les autres.

Il faut que les artistes de différents pays soient davantage intéressés, par la musicalité des uns et des autres, afin de construire de véritables fruits de collaborations qui donneront envie aux auditeurs de suivre.

RJHH : Tu as annoncé sur les réseaux sociaux qu’une nouvelle série de “THE ORIGINAL” allait arriver prochainement. Peux-tu nous en parler ?

DJ PMX : Je pense sortir quelque chose pour le printemps 2020, mais je ne peux pas trop en dire pour le moment. Certains me disent à propos de “The Original III” pourquoi avoir sorti un album qui sonne comme ça ? Le son est différent des précédents albums, etc…

Certains artistes de la nouvelle génération, après avoir posé sur mon album sont devenus des piliers de la scène hip-hop japonaise actuelle. Je pense qu’il est très important d’être en accord avec son époque afin de mettre un terme à une ère révolue.

Peut-être que “The Original III” est sorti un peu tôt pour certains et je pense lancer une nouvelle série de “The Original” qui sera pour le coup un vrai nouveau départ.

DJ MX, The Original 3

RJHH : Quand tu travailles sur un EP comme “AIM HIGH” de Diablo est-ce que tu diriges l’artiste du début à la fin, ou tu fais juste les beats en le laissant faire ?

DJ PMX : Premièrement, on travaille sur la sélection d’instrus, puis vient le contenu et le flow. Généralement, j’arrange toujours la mélodie par la suite. Cela dépend de l’artiste, mais parfois l’artiste lui-même a déjà son idée déjà bien précise en tête.

RJHH : 2019 est une grosse année pour toi avec des productions pour des artistes tels que Daia, K.O Feat Iamsu, One-G, Ashura Mic et plus encore… Comment expliques-tu cette forte demande et qu’est-ce qui te différencie des autres producteurs ?

DJ PMX : Je pense que la différence avec les autres producteurs, est que j’arrive à m’adapter avec le temps tout en restant influencé par la vibe du hip-hop westcoast. Le hip-hop change au fil du temps et je trouve ça très intéressant de plus je ne m’en lasse pas.

RJHH : Quelles sont tes propres productions préférées

DJ PMX : J’aime surtout mes œuvres les plus récentes et tout particulièrement “The Original III”

RJHH : Depuis quelques années maintenant ton style et genre musical a évolué. Peux-tu me dire quels sont les artistes qui t’inspirent aujourd’hui ?

DJ PMX : Récemment, il n’y a pas d’artistes particulier. Je reste à jour sur les sorties en regardant le site “Young California“. Quelques années en arrière, j’étais plus inspiré par DJ Mustard & Ty Dolla Sign.

RJHH : Merci beaucoup pour cet entretien DJ PMX. Nous sommes impatients d’écouter tes futurs projets. Si tu veux dire un dernier mot, c’est à toi.

DJ PMX : N’hésitez pas à checker mon site pour toutes les futures sorties. Une nouvelle série “The Original” arrive ainsi que des productions pour les artistes tels que Gadoro, Halogen Diablo, Daia, etc… J’ai aussi des opportunités pour former des étudiants universitaires sur la production musicale. Restez connecté. Merci à vous.

 

Propos recueillis par Rasheed San


 

 

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