Le groupe Maryjane, composé du duo féminin Luna et Tsugumi nous a fait le plaisir de participer à cette nouvelle interview. Les deux rappeuses dont la réputation n’est clairement plus à faire ce sont imposées en cumulant les nombreuses coopérations et projets, communs et séparément. C’est au cours du temps qu’elles ont forgé leur propre style, en revisitant et alliant le hip-hop et la musique soul. Rjhh revient sur l’origine de Maryjane, leur style et leurs références, ainsi que l’ascension frénétique de leur duo. Elles nous rapporterons aussi leur vision de la culture hip-hop au Japon.


RJHH : Bonjour Luna. Bonjour Tsugumi. C’est un véritable honneur pour RJHH de vous rencontrer. Pouvez-vous commencer par vous présenter en quelques mots ?

LUNA – TSUGUMI  : Bonjour RJHH. Nous sommes vraiment très heureuses de nous entretenir avec vous. Nous sommes aussi agréablement surprises d’apprendre qu’il y a une structure qui parle du hip hop japonais en France. Tsugumi et moi nous formons le groupe de rap féminin japonais MaryJane. Nous avons des activités différentes mais continuons à nous produire ensemble en tant que MaryJane.

RJHH : En 2010, vous avez chanté ensemble sur scène avec Lecca et Jamosa sur le titre “LoveMajic”. Etait-ce à ce moment là que vous avez décidé de créer MaryJane ? Pourquoi ce nom ? Une idée de Luna ou une idée de Tsugumi ?

LUNA : Je m’en rappelle bien. A ce moment-là nous n’avions pas encore de plans concrets. Un an après “Love Majic”avoir chanté avec Lecca, Jamosa, nous avons commencé à rester ensemble, Au même moment, le morceau du rappeur Ryuzo “24bars to kill” sortait. Nous avions appris auprès de notre entourage qu’il cherchait des rappeuses pour faire un remix de ce titre. On s’était alors associé avec deux autres artistes ; Anty the Kunoichi et Mison-b. Le fait de côtoyer d’autres artistes nous a convaincu que travailler en groupe est bien plus efficace et c’est pour cette raison que nous décidons de rester ensemble.

TSUGUMI : Pour le nom de notre groupe « MaryJane », c’est ma sœur Yoshika de SOULHEAD qui l’a proposé. Il nous a plu tout de suite et nous l’avons adopté presque naturellement. On voulait un nom avec une grosse consonance féminine et aussi le fait d’être à l’aise en écoutant écoutant la musique. Ce sont les deux sens que possède le nom de notre groupe MaryJane.

LUNA : “Je dirai plutôt qu’on s’adapte aux tendances. J’ai vraiment aimé les réactions des auditeurs sur chaque piste”

RJHH : Tsugumi, durant une très longue période, tu étais avec ta sœur Yoshika dans le groupe Soulhead. Était-ce un choix personnel de rejoindre Luna ? Ou bien tu fais toujours partie de Soulhead ?

TSUGUMI : Oui, je fais toujours partie Soulhead, mais le groupe est inactif pour l’instant. Il n’est pas dissous non plus. C’est assez fréquent au Japon pour des artistes d’être dans plusieurs groupes différents. Ma sœur Yoshika est dans le même cas que moi et parfois on a le sentiment que nous libérons davantage nos activités en travaillant dans plusieurs groupe différents. Nous nous aimons aussi entre artistes.

RJHH : Avant la sortie du 1er album “Street Name” en 2012, il y avait le disque “MaryJane mixed by Dj MDK”  avec des artistes comme Zeus, Dopeness, Anarchy, Ish One, BES, BIG JOE, et beaucoup d’autres. Allez-vous travailler de nouveau avec DJ MDK ? 

LUNA : Cet album était une vraie réussite. Nous sommes très fières de notre travail avec DJ MDK. C’était l’un des premiers album mix comprenant des femmes rappeurs. Il n’ y avait personne qui l’avait fait au Japon. Nous avons donc distribué le cd mix directement dans la rue. Après de bons retours, nous avons donc décidé de le sortir de manière plus officiel. J’ai vraiment apprécié de travailler avec DJ MDK. Si on devait s’associer à nouveau avec lui on n’hésiterai pas une seconde.

Mary Jane mixed by DJ MDK

 

RJHH : Ce disque mixé par DJ MDK, montre que vous pouvez rapper sur plusieurs styles de beats hip-hop; Crunk, Boom Bap, WestCoast, Trap … Quel est le style où vous vous sentez le plus à l’aise.

TSUGUMI : Oui c’est vrai. Il y a beaucoup de styles dans cet album mixtape. Mais nous n’avons pas de préférences particulières. Je dirai plutôt qu’on s’adapte aux tendances. J’ai vraiment aimé les réactions des auditeurs sur chaque piste. 

RJHH : En 2014, vous sortez “STREET NAMES”. Comment avez-vous préparé et structuré cet album ?

LUNA : On a tenté quelque chose de nouveau pour cet album avec plusieurs chansons inédites.

RJHH :  “Dreamin” est l’une des principales chanson de l’album “STREET NAMES” et vous avez même ajouté le célèbre du discours de Martin Luther King “I have a dream”. Quel est le lien entres les paroles de cette musique et ce fameux discours ?

TSUGUMINous avons mis ce passage d’abord pour celles et ceux qui aiment la musique noire. En plus, on voulait que les auditeurs qui ne connaissaient pas ce discours puissent en comprendre l’esprit.

RJHH : Tsugumi, Tu as sorti un album solo en 2016 “LUVPLATE”. Le style de musique est complètement différent et privilégie les paroles chantées. Était-ce voulu de te montrer dans style RNB et POP, en opposition à rappeuse que tu es aussi ?

LUNA – TSUGUMI : La plupart des gens me suivaient avec MaryJane ou encore avec Soulhead. J’avais écris pas mal de chansons en solo et les fans ne connaissaient pas ces titres. J’ai donc sorti “LUVPLATE” comprenant ces titres inconnus. La plupart des morceaux de cet album parle d’amour.

 

MaryJane – STREET NAMES

 

RJHH : Luna, après LUNATIK SKILLZ VOL. 2, prépares-tu un nouvel album solo pour cette année ?

LUNA : Non pas pour l’instant. Je travaille et je me concentre sur la production maintenant.

TSUGUMI : “J’espère que le hip-hop se développera sur la scène musicale japonaise sans pour autant perdre son aspect réel”

RJHH :  “Good bye asshole” et “Fuck u very much” sont vos deux derniers singles. Ces deux chansons étaient-elles adressées à une personne particulière ?

LUNA : Nous l’avons écrit comme ça (rires). On voulait faire une chanson avec la même énergie que celle d’un homme. En plus, ces DEUX MORCEAUX racontent aussi des expériences personnelles.

RJHH : Vous vous produisez ensemble depuis de nombreuses années et vous avez sans doute croisé beaucoup de jeunes artistes. D’après vous quelle est l’importance de la culture hip hop ? Et comment voyez-vous l’avenir de la musique hip-hop au Japon ?

TSUGUMI : Effectivement, durant notre parcourt et même maintenant nous côtoyons un bon nombre d’artistes. Bien qu’il existe de nombreux styles avec des artistes qui chantent de belles choses. Le hip-hop est un thème qui est vraiment réel. Je pense que c’est en ce sens que cette culture est très importante. J’espère que le hip-hop se développera sur la scène musicale japonaise sans pour autant perdre son aspect réel.

MaryJane – TWO

 

RJHH : Le hip-hop japonais a perdu deux grandes figures du rap: ECD et Febb. Avez-vous quelque chose à dire sur la disparition de ces deux artistes ?

TSUGUMI : Nous n’avons pas eu l’occasion de parler avec ECD, mais LUNA l’a vu une fois en live il y a quelques années. Febb, c’était un génie, J’ai l’ai vu une seul fois à Tokyo. Et m’a donné le sentiment de vouloir changer le hip-hop japonais. Qu’ils reposent en paix.

RJHH : Quels artistes aimeriez-vous rencontrer ?

LUNA : Kendrick Lamar.

TSUGUMI : J’aurais tant aimé rencontrer Nate Dogg. Rest in peace.

RJHH : Qu’aimeriez-vous dire pour finir cette interview ?

LUNA : Merci beaucoup pour cet interview et de l’intérêt de RJHH  pour le hip-hop japonais. Ça fait vraiment plaisir d’avoir une discussion et donner nos avis qui seront ensuite traduis dans une autre langue. Merci encore pour cela et respect.

 

Propos recueillis par Roger Atangana


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