Les rappeuses japonaises font partie intégrante du paysage hip hop nippon. Comme chaque année, on pense qu’il est important de mettre à l’honneur ces artistes japonaises qui secouent le rap game. La liste des rappeuses japonaises est longue, elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir s’imposer dans ce milieu encore un peu trop masculin. On a choisi de vous en proposer 5, qui selon l’équipe, ont marquées cette année 2020 : Awich, Coma-Chi, Elle Teresa, Lipstorm, Maria. Néanmoins, il faut tout de même garder un œil sur les nombreuses rappeuses qui pourraient exploser le game pour l’année 2021. Ce top n’est qu’une introduction, pour vous prouver, qu’au Japon , le rap n’est pas qu’une affaire d’homme.

 

Awich

Occupée par certaines des plus grandes bases militaires US en Asie depuis 1945, Okinawa a été bercée par les différentes tendances musicales des militaires américains vivant sur place. C’est sur cette île qu’ Akiko Arasaki alias Awich voit le jour en 1986. Passionnée par la poésie dès l’âge de 9 ans, elle découvre naturellement le hip-hop en achetant l’album “All Eyez On Me” du rappeur Tupac. Viennent ensuite ses premiers textes de rap à 14 ans.

Awich

AWICH

Plus tard en 2006, elle quitte son île natale pour un séjour universitaire à Atlanta; lieu incontournable de la culture musicale noire américaine. C’est dans cette ville qu’ Awich construira son ADN artistique, mais aussi par le soutien de son mari. Ce dernier avec lequel elle partage la même admiration pour la musique et l’art. Il se fera tragiquement assassiné en 2009 après la naissance de leur fille. Choquée et brisée, la jeune maman est obligée de retourner au Japon avec sa fille.

Awich, de la reconstruction à la consécration

Après une longue période de reconstruction, Awich poursuit l’écriture de poèmes et se rapproche du producteur du collectif YENTOWN, Chaki Zulu. Ensemble, ils produisent un bon nombre d’EP et de singles. C’est l’album “8” de 2017 qui marquera un tournant décisif. Grace aux morceaux “WHORU ?“, “Ashes” ainsi que “Remember“, Awich rafle tout sur son passage et atteint les sommets des classements hip-hop des charts japonais. La sortie de son deuxième album, les collaborations remarquées avec des artistes internationaux comme Tyemek, puis Krawk et d’autres apparitions avec le label 88rising lui ont permis de décrocher un contrat avec Universal Music Group.

 

L’EP “Partition” qui intervient sept mois après la sortie de son deuxième album “KUJAKU“. lui donne encore une stature internationale. Cet EP sera complétement soutenu par Universal Music, voyant en elle l’une des meilleures ambassadrices du rap game japonais. Surprise par ce nouveau statut, elle confiait dans une interview au magazine américain Flaunt :

AWICH, Kujaku et Partition

Les deux projets d’AWICH sortis cette année : “KUJAKU” et “Partition”

Je ne pensais pas que je pouvais être présentée comme la rappeuse n ° 1 du Japon. Je ne pouvais même pas l’imaginer … Maintenant, ils m’embrassent et me montrent tellement d’amour, je l’apprécie vraiment. Je commence à comprendre que je fais partie de ce pays, je peux être une représentante pour les filles …

 

 

Coma-Chi

Coma-Chi mérite amplement sa place dans notre TOP 5, tant son parcours et l’ensemble de sa carrière sont des exemples qui ont motivé plusieurs rappeuses japonaises. La plupart de ses textes parlent de la société japonaise qui l’entoure où les femmes sont parfois sous-représentées. Un discours mettant l’accent sur l’importance des femmes, très présent dans les disques “JOMON GREEN” dévoilé en 2018 ainsi que “JAPANOIA” paru cette année.

COMA-CHI, Japanoia

L’album de Coma-Chi “JAPANOIA” sorti en juillet 2020

Elle entend parler de hip-hop à l’âge de 15 et fut profondément marquée par le rap de Lauryn Hill, MC Lyte ou encore celui de Queen Latifah. À 20 ans elle commence à écrire ses premiers textes en améliorant ses performances rap et en écoutant des groupes de rap japonais légendaires tels que : Rhymester, Nitro Michrophone Underground, Tha Blue Herb, Scha Darr Parr …

RJHH INTERVIEW : “Coma-chi : Coma-Chi : “La plupart des gens pensaient qu’une femme n’aurait pas les compétences ainsi que les valeurs pour s’imposer”

COMA CHI

COMA-CHI

En 2005, elle surprend tout le monde en atteignant la finale du BBOY PARK (l’une des plus grandes compétitions de rap battle de Tokyo) et devient la première femme à arriver à ce niveau en se classant deuxième. Les organisateurs voyaient les choses en grand et avait prévu la finale sur le ring central du stade sacré de sumo, Ryogoku Kokugikan. Il se trouvaient dans une situation délicate, car personne n’avait envisagé de voir une femme MC atteindre la finale. Mais surtout à cause du ring sacré des sumos interdit aux femmes. Après de longues discussions, Coma-Chi a eu l’autorisation d’aller sur le ring et la finale a pu avoir lieu.

Coma-Chi, une rappeuse japonaise aux ambitions sans fin

Plus que jamais déterminée à réussir dans le hip-hop. Elle commence à travailler sur sa première œuvre “Day Before Blue” projet qui verra le jour en 2006. Un succès phénoménal sera au rendez-vous, car ce disque sera considéré comme le meilleur album de rap féminin japonais.

 

Ce qui l’emmène à signer avec le label Knife Edge Records. Coma-chi décide finalement de sortir sa musique de manière indépendante après avoir connu le contrôle d’un label qui ne prenait pas en compte ses opinions. Elle lance ainsi dès 2011 son propre label QUEEN’S ROOM.

Aujourd’hui, Coma-Chi possède une très grande maturité artistique et ne se focalise plus uniquement sur le hip-hop comme à ses débuts. On a pu voir dans ses créations, quelques productions de Jazz, de Soul mais aussi des musiques incluant des sonorités traditionnelles japonaises.

 

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Elle Teresa

Les Japonaises sont gentilles et dociles. Voilà quelques gros clichés très souvent projetés sur les femmes japonaises et qu’on ne peut certainement pas attribuer à Elle Teresa.  À la différence des autres femmes qui ont tendance à copier les rappeurs masculins, Elle Teresa est sans doute la rappeuse japonaise la plus excentrique de notre liste. Originaire de Namazu City (préfecture de Shizuoka), elle a grandi dans une famille de danseurs. En effet, son père étudiant dans une école de danse, rencontre sa mère manager dans la même école. Durant son adolescence, elle accompagne régulièrement ses parents dans des clubs de danse locaux. Prenant cette activité au sérieux et n’ayant rien d’autres à faire, elle commence à sortir en boite de nuit avec ses amis. Elle met son premier pied dans la culture hip hop en écoutant TLC, Redman et Methodman.

ELLE TERESA

ELLE TERESA

Elle Teresa et Yuskey Carter, une rencontre décisive pour la rappeuse japonaise

C’est en approchant les producteurs et rappeurs qu’elle voit Yuskey Carter. Une rencontre qui sera décisive, car il décide très vite de la prendre en tant que danseuse ,alors qu’elle est encore lycéenne. Lors d’un tournage d’un de ses clips vidéos, la jeune fille débite avec aisance un texte de KOHH. Surpris, Yuskey lui demande naturellement pourquoi elle n’essaye pas le rap. Il sera davantage stupéfait et décide finalement de la produire, après qu’elle lui a présenté une dizaine de chansons de rap.

Elle Teresa revient souvent sur ces moments qui ont marqué un tournant et sa vie. Elle confiait à la chaîne YouTube Neet Tokyo en 2017 :

J’ai grandi dans une famille de danseurs donc je trouverais difficile d’imaginer faire autre chose que danser. Yuskey m’a offert une opportunité incroyable. J’ai toujours été bonne pour écrire de toute façon. J’avais un grand talent pour écrire des lettres d’excuses pour mon comportement à l’école.

 

Ses premiers EP “Ignorant Tape” de 2016 “PINK TRAP” de 2017, la présentent comme une femme simple, ordinaire qui aime passer de bons moments entre amis. On y découvre son style coloré très atypique. Les personnages de mangas comme Sailors Moon ou encore Bulma, sont ses principales influences qu’elle copie souvent dans ses clips vidéo. Les autres projets qui verront le jour, en particulier “KAWAII BUBBLY LOVELY II PARU” l’année dernière, sans oublier ceux publier en 2020 permettent à Elle Teresa de marquer son empreinte le J-RAP féminin. Mieux vaut garder un œil sur elle.

 

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LIPSTORM

Pour la quatrième artiste de notre liste, le choix a été plutôt difficile parmi les rappeuses japonaises que nous aurions aimé citer. Si nous devions citer les rappeuses les plus underground de la scène hip-hop japonaise on parlerait de Tsubaki, McFrog, Lipstorm ou encore Charles. Lipstorm ressort comme étant l’artiste la plus abouti, ayant fait le plus d’activités marquantes pour le rap féminin japonais. C’est l’une des rares artistes à mélanger le japonais et l’anglais dans ses textes avec facilité et aisance. Femme pleine d’assurance avec une conviction inébranlable, elle balance constamment ses freestyles (#quarantinemonde, Excuse my quarantine style) sur son compte Instagram.

Lipstorm, DJ ADDICT

Lipstorm et DJ ADDICT ensembles sur la couverture du projet “Tha Patience THE MIX TAPE”

La rappeuse japonaise aux influences les plus street

Lipstorm est originaire de Isahaya (préfecture de Nagasaki) et se passionne très vite pour le hip-hop durant son adolescence. Fortement influencée par Lil Kim, Fat Joe, Rakim et d’autres rappeurs new-yorkais, elle commence ses premiers freestyles de rap dès l’âge de 17 ans. Plus tard, sous l’impulsion de plusieurs DJ de Nagasaki et amies, elle déplace ses activités musicales de sa ville natale vers Tokyo et rejoint l’une de ses meilleurs amis Ladycat (rappeuse de Shibuya).

L’une de ses premières collaborations se produit en 2013 avec DJ ADDICT dans l’album “THA PATIENCE THE MIXTAPE“. Ne manquant pas cette occasion en or de se faire remarquer par la scène J-RAP de Tokyo ,Lipstorm montre tous ses talents de rappeuses en tant que femme avec son jeu de lyrics flamboyant. Plusieurs titres de ce projet furent joués à plusieurs reprises dans les nightclubs hip-hop de Shibuya.

À VOIR : L’INTERVIEW VIDEO DE LIPSTORM

 

C’est ainsi qu’elle se fait approcher par Ish-One qui lui propose de rejoindre le groupe de rap féminin S7ICKCHICKs composé de Casper, AYA a.k.a Panda, Fuziko et la chanteuse AYA. Le groupe devient rapidement très populaire à Tokyo et sort entre 2013 et 2018, trois albums (LIPS7ICK, G7OSS, 7ASKIS) produits par le label d’Ish-One. Portée par l’aura positive autour de son groupe, elle a le temps de sortir son premier en 2016 (“THIRST 4 CHI77).

LIPSTORM, 1000

“1000” le deuxième album de Lipstorm

C’est ensuite qu’elle est fortement sollicitée pour des collaborations et par divers entités de rap Tokyoïte. En particulier Red Bull Music qui l’invite dans un épisode freestyle de 64 Bars. Un an plus tard, elle dévoile son second album “1000” dans lequel elle fait participer plusieurs personnes l’ayant soutenu depuis ses débuts. Cette année en décembre, Lipstorm a prévu de sortir un EP, les fans seront une nouvelle fois aux premières loges pour voir l’étendue de son talent.

 

MARIA (Simi Lab)

Une jeunesse instable causée par de nombreux déménagements est une partie de l’histoire de MARIA. Cette métisse d’un père militaire américain et d’une mère japonaise puise sa force dans sa passion pour le rap qui l’intéresse dès l’âge de 14 ans. À partir de 2008, elle fait la rencontre de deux membres de SIMI LAB dans un night-club de la base militaire de Yokosuka. Au départ SIMI LAB était un groupe de quatre rappeurs (QN, OMSB, DyyPridre) désireux d’avoir une rappeuse au sein de leur collectif. Sa première apparition se fait en 2011, dans la vidéo du titre “Show Off” lui permettant de signer son premier contrat en label.

SIMI LAB

Les membres de SIMI LAB : Maria, DyyPride, OSMB, Earth No Mad et QN

RJHH INTERVIEW : Maria – “Le principal message que je veux faire passer à travers ma musique est dire que personne n’est parfait”

 

DEEP FLOAT, Maria

L’EP de MARIA “DEEP FLOAT” disponible le 30 septembre 2020

De SIMI LAB à Maria, l’indépendance de la rappeuse japonaise

Depuis 2017, Maria donne un second souffle à sa carrière et décide de travailler en solo sur “PIECES“. Un deuxième album qui n’a pas reçu l’approbation et le soutien de son label SUMMIT. En conflit avec son label, elle décide quand même de sortir l’album. Cette œuvre recevra de nombreux soutiens et sera un carton commercial. En effet, deux titres lui ont permis de revenir au-devant de la scène du rap japonais : les deux clips vidéos “Bad City~Yokohama~” ainsi que “SPASA” vont atteindre plus de 4 millions de vues sur YouTube.

Cette année, MARIA a sorti en septembre son nouvel EP “Deep Float” en commençant très tôt sa promotion. Comme le single “Set Me Free” produit par Gradis Nice qui paraissait le 24 décembre 2019. Contrairement à ses précédents albums, l’artiste semble se concentrer à un style un peu plus RNB et en multipliant les collaborations.


Acheter sur

Kujyaku / Awich
Awich
Partition / Awich
Awich
Jomon Green / COMA-CHI
COMA-CHI
Kawaii Bubbly Lovely / Elle Teresa
Elle Teresa
1000 / LIPSTORM
LIPSTORM
Pieces / MARIA
MARIA
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